POINT DE VUE

Portable au collège : interdire ou responsabiliser ? Le point de vue de la Vice-Présidente de l’ADF

Valérie NOUVEL, Vice présidente de la commission Innovation et numérique de l’Assemblée des Départements de France et Vice Présidente du département de la Manche, en présentant au siège de l’ADF le livre blanc rédigé avec Klee Group, spécialiste du numérique, engagé dans la transformation digitale de l’Etat, a commenté le projet de Jean-Michel BLANQUER d’interdire le portable au collège.

En effet un certain nombre de départements envisagent ou expérimentent cette solution qui consiste à utiliser en classe les Équipements mobiles personnels des élèves que sont leurs tablettes ou leurs smartphones.

Si le livre blanc montre que le BYOD ( Bring Your Own Device ) n’est pas forcément la bonne ou la mauvaise solution, « il conclut toutefois qu’il y a intérêt dans un bon nombre de cas d’y avoir recours en le nuançant en fonction des goûts et des enseignements », reconnaît dans cet entretien Valerie NOUVEL.

Et dans ce contexte, « cette annonce du ministre surprend, dit-elle, parce qu’elle est en décalage avec cette solution qui pourrait être mise en place au niveau des collèges ».

« Je pense que le ministre a dû vouloir dire qu’il fallait raisonner cet usage, qu’il n’allait pas vers une interdiction ; c’est un raccourci qui a été fait sur sa position. »

« Je pense que s’il est sur une sorte d’éducation à l’usage, là on serait sur quelque chose de bénéfique parce qu’on va apprendre à la fois aux collégiens à être citoyen sur l’usage et puis à bénéficier de tous les atouts de leur portable pour conduire de l’enseignement numérique »

Comment, « en même temps » donner satisfaction d’une part a celles et ceux qui affirment  » que son usage excessif nuit aux apprentissages à cet âge » ou qu’il est aujourd’hui source de nombreuses punitions pour son usage intempestif bien qu’interdit en classe ?

Et d’autre part à ces enseignants qui innovent en utilisant la puissance des microprocesseurs des smartphones personnels des élèves et du web à des fins pédagogiques et citoyen avec le BYOD ?

Alors, interdire ou responsabiliser ? Il semble que l’ADF ait assez clairement choisi.

Mais pourquoi ce livre blanc ?

On est en plein développement du collège numérique, rappelle la Vice présidente de l’ADF. On est à un point où on s’est rendu compte qu’il y avait une démarche très descendante de l’Etat vers les départements en leur demandant de doter les élèves d’équipement.

Mais on a trouvé qu’il manquait l’intégration d’un vrai projet pédagogique, une vraie démarche en amont de cet équipement.

L’assemblée des départements de France a donc décidé de faire le point sur les politiques de chaque département dans le domaine du numérique.

Ce document très riche les met également en regard d’autres politiques conduites dans d’autres pays.

Plus d’une soixantaine de départements ont apporté leur contribution a l’élaboration de ce livre banc qui vise selon Valérie Nouvel à « accompagner tous les départements, qu’ils aient déjà lancé ou non des actions d’envergure, pour élaborer et comprendre ce qu’est ou sera demain le « collège ».

Cet état des lieux circonstancié « face à la diversité des situations économiques, sociales mais aussi la diversité des équipes qui s’attelle à mettre en œuvre les politiques du numérique de l’éducation », ouvre un « cycle de partage des enjeux, des réflexions, de l’offre éducative numérique de demain et des facteurs clés de succès tels qu’ils émergent de l’observation des réalisations des départements » .En mettant en valeur le dynamisme des départements dans le domaine du numérique éducatif en collège, qui selon Valérie Nouvel , « font mieux que les régions dans les lycées » , ce livre blanc souhaite anticiper les évolutions, dans une perspective d’optimisation des investissements et des coûts de fonctionnement afin d’être en mesure de proposer des préconisations.

Les trois questions essentielles au cœur de la réflexion sont on le devine, d’ordre prospectif, stratégique et financier.

Faisant le constat d’une mise en œuvre disparate et menée à tâtons de politiques numériques éducatives basées sur le déploiement d’équipements , de nombreux départements souhaitent « la mise en place d’une instance de pilotage pour conduire la nécessaire collaboration entre le département et les services de l’État ».

Le déploiement d’une bonne infrastructure réseau est préalable au déploiement d’équipements pour assurer une qualité d’utilisation optimum. Dans de nombreux départements le seuil critique de 50 Mbit/s n’est pas atteint : ces performances réseaux ne tiennent pas la comparaison avec celles que l’élève connaît chez lui ou avec son smartphone, et rendent alors plus aiguës les possibles résistances au changement. Le THD serait bien le chantier prioritaire.

La généralisation à l’ensemble des collégiens d’un Equipement Individuel Mobile ne pouvant s’envisager pour des raisons de soutenabilité budgétaire, de nombreux départements ont fait d’autres choix stratégiques comme la classe mobile ou le BYOD ( Bring Your Own Device).

Il est vraisemblable qu’on s’oriente précise l’ADF vers un modèle mixte PNE/BYOD ou l’égalité d’accès au matériel sera assuré par la collectivité.

Toutefois il s’agira d’apporter les solutions aux problèmes posés par la sécurité des usages avec les équipements mobiles; or ceux-ci ne sont pas du même type selon que que les EIM sont personnels ( BYOD) ou fournis par la collectivité et différent également selon qu’ils sont uniquement utilisés dans l’établissement ou en permanence donc au domicile des élèves .

Enfin le livre blanc révèle combien les enseignants ne sont pas assez formés et par conséquent utilisent peu les outils numériques.

Configuration des espaces et forme scolaire

Après les investissements lourds que constituent le câblage et l’installation de réseaux numériques performants se pose la question de l’évolution des architectures scolaires et plus particulièrement de la configuration de la salle de classe face à l’évolution de la forme scolaire qui accompagne l’usage du numérique pédagogique.

La salle de classe ne peut pas de fait rester en structure « autobus » et doit évoluer concède la Vice Présidente de l’ADF.

« Nous sommes prêts à cette évolution! Mais ce sont souvent des aménagements légers : c’est de la réorganisation d’espaces . On n’est pas démunis face à ces changements et cela ne remet pas en cause nos politiques d’investissement

Collège numérique, configuration des espaces scolaires, pratiques pédagogiques alternatives …les collectivité territoriales partenaires de l’Etat dans l’Ecole accompagnent les établissements scolaires dans une démarche prospective et stratégique.

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