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Françoise Cros : « en matière éducative, tout a été fait ; la différence, c’est le contexte »

« Normalement une innovation ça naît, ça vit et ça meurt ! », affirme Françoise Cros qui mène ses recherches sur l’innovation à l’école depuis plus de 40 ans. Ce Professeur des Universités au Centre de Recherche en Formation du CNAM a déjà publié sur ce sujet une vingtaine d’ouvrages et plus d’une cinquantaine d’articles.

Elle est intervenue au Forum des pratiques numériques pour l’éducation, EIDOS64 ; le thème de cette 10e édition : innover en classe : la résistance est-elle (f)utile ?

D’emblée, Françoise Cros commente ce titre en affirmant « avoir beaucoup travaillé sur la résistance et avoir rejeté ce mot en ce qui concerne l’innovation car elle considère qu’il n’y a pas de résistant ou d’opposant à l’innovation. Il y a de bonnes raisons de ne pas être d’accord sur l’innovation sans que cela soit une résistance ».

En fait, la conférence de Françoise Cros porte sur un historique critique de la politique nationale d’aide et d’accompagnement aux innovations.

La recherche a porté sur les textes officiels tant au niveau national que rectoral mais ayant vécu de l’intérieur les aléas de cette politique la chercheuse a pu analyser les différentes manières de faire de l’institution, des années soixante à aujourd’hui : “l’innovation à l’école s’inscrit dans une longue histoire, qui est loin d’être linéaire et tranquille”, écrit elle . Si “le terme innovation n’apparaît dans les textes officiels français que vers les années 1960, le processus de modification des pratiques et des méthodes pédagogiques est plus ancien“.

Mais ce qui est important, dans l’innovation, note-t-elle, n’est pas son existence mais les possibilités de son impact sur l’ensemble du système éducatif.

Dans son dernier ouvrage « Innovation et société » : le cas de l’école (ISTE éditions, 2017), publié dans la Collection Innovationentrepreneuriat et gestion, Francoise CROS aborde le contexte socio-historique de l’innovation tout en l’éclairant sur le plan scolaire.

Elle reprend dans son intervention à Bayonne les cinq périodes qui décrivent des conceptions différentes de l’innovation :

1 L’innovation,un objet à la marge : 1960-1980

2 L’innovation , comme processus à canaliser : 1981-2000

3 L’innovation devient une compétences des acteurs du système éducatif : 2001- 2010

4 L’innovation comme régulateur social : 2011-2017

5 L’innovation adossée à la recherche scientifique : 2018 –

Peut-on innover en permanence ?

Pour Françoise Cros, une innovation “ça naît, ça vit et ça meurt” . Et, “en général quand ça meurt ça disparaît, ou bien parce que celui qui la portait est parti ou bien parce que ça s’est institutionnalisé c’est à dire que c’est devenu une routine”!

Prenant l’exemple du découpage en classe de même niveau d’âge Françoise Cros rappelle que c’était à l’origine une innovation, c’est devenu aujourd’hui une routine et même une évidence.

En fait, précise l’universitaire, “en matière éducative tout a été fait ; la différence, c’est le contexte !”

A la question : le service public peut-il innover ? Françoise Cros s’interroge sur l’éclosion d’écoles alternatives qui répondent à des parents mécontents de ce que fait le service public.

Elle écrit :

Si l’innovation à l’école est de plus en plus évoquée comme moyen de sortir des apories liées aux objectifs et finalités complexes de l’école, il n’en reste pas moins que cette innovation n’a jamais vraiment bénéficié d’un travail en profondeur sur sa signification, son sens et ses effets. N’est-ce pas essentiellement dû à la nouvelle identité que revêt l’école actuelle ? Comment définir ce que serait l’école idéale qui ferait consensus ?

Et en guise de conclusion s’interroge :

Au fond, qu’est-ce qui nous prend à vouloir innover, sans retour en arrière, dans une politisation forte des activités nouvelles, à travers un foisonnement actuel d’écoles alternatives où se rencontrent des pédagogies qui paraissent à première vue posséder les mêmes ingrédients conceptuels, le même registre rhétorique, et qui, au fond, dans leur organisation concrète, obéissent à des idéologies sociales différentes ? Quel est le sens du rôle croissant des fondations, des écoles alternatives et du mécénat face aux écoles se déclarant innovantes ? 

Est-ce le signe d’un libéralisme scolaire qui cacherait son nom ? La vivacité avec laquelle les hommes politiques prennent en otage l’école et des propositions d’innovations montrent à quel point personne n’a intérêt à clarifier cette notion et ce qu’elle cache comme implications et explications… Alors, l’innovation, un gadget pour amuser la galerie ou une nécessité pour une réelle évolution de l’école ?

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