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Sommet du numérique en éducation à Montréal

Épisode 1 – Les 3 et 4 mai se sont déroulés à Montréal, Canada, un cinquième Colloque international et un sixième Sommet du numérique en éducation où plus de 1 400 participants, venus de tous les coins du monde, se sont rencontrés pour discuter d’éducation à l’ère numérique.

Comment décrire un tel évènement? L’image de la bouillabaisse ou du minestrone est trop terrienne pour présenter ces résultats de recherches et ces nouvelles pratiques. Pour cette rencontre unique de savants universitaires, enseignants praticiens et écoliers expérimentés, j’ai opté pour l’image d’une broche en fil d’argent, les pensées de Sébastien Proulx, ministre de l’Éducation du Québec, sertie de perles, l’Escouade Tic SAS, le FabLab de l’AST, Louise-Ann Davidson, les recherches du GRIIPTIC au centre de laquelle se trouve un diamant, la conférence d’ouverture d’André Tricot.

André Tricot et apprendre avec le numérique

André Tricot dirige la structure fédérative de recherche de l’ESPE de l’Académie de Toulouse. Il est un auteur prolifique. Son exposé commence par présenter l’évolution des technologies de la mémoire et de la communication depuis le début des temps humains. Par cette perspective historique il nous apprend que les règles suivent l’invention technologique. Une approche centrée sur les outils informatiques sera graduellement remplacée par une approche des technologies au service des fonctions pédagogiques.

Selon Geary, 2008 et Tricot & Sweller, 2014, les connaissances peuvent être classées selon un ordre primaire et secondaire. Les connaissances primaires, qu’il s’agisse de l’apprentissage de la langue maternelle ou des fonctions sociales, se font sans effort et sans motivation. Ce sont des apprentissages inconscients, naturels. Les connaissances secondaires, au contraire, qu’il s’agisse de connaissances scolaires ou liées à l’apprentissage d’un métier, ces acquis dépendent d’un enseignement et demandent un important effort d’attention de la part de l’apprenant.

André Tricot classe les tâches d’apprentissage selon les groupes suivants :
-> les tâches d’étude, qui consistent à écouter un cours, lire un texte ou étudier un cas, etc
-> les tâches de résolution de problèmes, projets, exercises, problèmes ouverts, etc.
-> les tâches de recherche d’information allant de la préparation d’un exposé à l’enquête documentaire
-> les tâches de production
-> les jeux
-> et la combinaison de ces tâches entre elles.

Pour réussir dans ces travaux, divers niveaux d’engagement sont nécessaires de la part de l’apprenant :
-> passif, l’élève reçoit des informations,
-> actif, l’élève manipule les supports d’apprentissage,
-> constructif, l’élève gère de l’information,
-> interactif, lorsque deux ou plus d’élèves collaborent à une co-construction.

Ainsi, lors de l’écoute d’un cours, l’élève peut être passif en se contentant d’écouter, actif en prenant des notes, constructif en posant des questions ou interactif en confrontant son schéma avec ceux d’autrui ou par la prise de notes communes.

Quelles sont donc les plus-values de l’utilisation de technologies numériques dans un tel contexte scolaire ?

L’usage du numérique qui facilite de façon fantastique notre accès aux supports de connaissances ne modifie aucunement les tâches ou les apprentissages scolaires. La recherche démontre que ce n’est pas parce que les élèves se disent plus motivés en utilisant le numérique que cette motivation présente un réel impact sur leur apprentissage.

Ce qui importe avec le numérique, c’est l’usage pédagogique que fait l’enseignant.

L’enseignement par les pairs : l’escouade TIC au primaire

L’Académie Sainte-Anne est une école primaire bilingue (français/anglais) qui a l’innovation pédagogique à coeur. Enseignants et élèves du primaire ont présenté cette année une nouveauté : l’Escouade TIC. Certains écoliers de 8, 9, 10 ou 11 ans sont passionnés d’informatique. Ils ont une excellente compréhension et une remarquable habileté dans l’usage d’un logiciel ou d’un autre. Pourquoi ne pas mettre ce savoir-faire au service de leur communauté scolaire. C’est ainsi qu’est né en septembre 2017, l’Escouade TIC.

Un comité numérique a été créé avec la permission de la direction de l’Académie qui supporte favorablement les initiatives. Pour être accepté comme membre de ce groupe, les élèves intéressés ont dû poser leur candidature lors d’une présentation Power Point où ils devaient convaincre le jury à la fois qu’ils aiment aider les autres tout autant que la technologie.

Une fois formé, le #mediateam s’est affairé à la co-création de leur logo, activité qui a favorisé le sentiment d’appartenance au groupe chez les candidats choisis. La première tâche a été de la création de capsules d’informations de 2 à 3 minutes pour initier les parents aux logiciels principalement utilisés par les enseignants pour communiquer avec eux : Showbie, Google Classroom, Explain Everything et Thinglink.

Le comité se rencontre deux fois par semaine. Des élèves de la troisième à la sixième année (de CE2 à la sixième) enseignent l’usage d’un logiciel ou d’une application à des enseignants du primaire et à d’autres élèves, généralement quatre élèves par classe qui deviennent à leur tour des experts et enseignent à la suite aux autres élèves de leur classe.

Ce projet a été présenté en anglais et en français par les élèves membres de l’Escouade TIC et deux des enseignants gestionnaires du groupe.

Vous pouvez suivre le tout nouveau compte Twitter du Comité numérique ASA @asaonline18.

Un modèle d’implantation de Fab Lab dans une école primaire québécoise

Le mot Fab Lab vient de la contraction de fabrication laboratory. Pour pouvoir s’appeler Fab Lab, l’atelier doit respecter la charte des Fab Labs mis en place par le Massachusetts Institute of Technology (MIT). Il existe un réseau mondial de Fab Labs dont la principale caractéristique est d’être un lieu ouvert à tous, un espace de rencontre communautaire.

L’Académie Ste-Thérèse propose aux écoliers du primaire et à leurs enseignants, au Campus Rose-de Angélis, un Fab Lab depuis septembre 2016. Une telle aventure pose de nombreux défis aux enseignants.

Comment amener leurs petits élèves à réaliser des projets créatifs? Comment soutenir les enseignants du primaire dans de telles expériences novatrices? Très peu de chercheurs se sont penchés sur la question. Il s’agit d’un domaine embryonnaire et les enseignants ont souvent un sentiment d’incompétence pour tirer profit des appareils numériques.

C’est pourquoi Serge Gagnier et son équipe ont réalisé une recherche-action auprès de 34 enseignants du pré-scolaire et du primaire et 857 élèves. L’objectif de cette recherche est de déterminer les mesures d’accompagnement qui permettent aux enseignants du primaire de planifier et mener une situation d’apprentissage dans un Fab Lab.

Les méthodes de cueillette des informations ont été, un journal de bord où ont été consignées les observations de l’utilisation du lieu, des questionnaires et des entrevues semi-dirigées. Toutes les informations recueillies ont été analysées. Le modèle issu de cette première année d’implantation met en lumière les besoins de formation et de perfectionnement que nécessite la mise en place de technologies de pointe dans une école primaire.

La première étape consiste à la formation de l’équipe du Fablab : un enseignant de science et technologie, deux techniciens de travaux pratiques, un conseiller pédagogique en TIC et un responsable du Fablab. En premier lieu, il faut démystifier ce qu’est un Fablab et d’en transmettre la culture : Apprendre, créer, partager. Proposer à l’ensemble des enseignants de se questionner sur les problématiques qui pourraient trouver réponse grâce à l’utilisation d’un Fablabs et leur suggérer des activités pour amener les élèves à innover dans leur apprentissage STEM. Une expérience pédagogique à suivre.

Comme tous les FabLabs, l’espace est accessible 7 jours par semaine et pendant la soirée. Les parents n’hésitent pas l’utiliser.

Pour connaître le réseau français de FabLabs=> https://www.fablabs.io/organizations/reseau-francais-des-fablabs, il y en peut-être un près de chez vous.

A suivre prochainement: l’épisode 2 avec Ann-Louise Davidson, le panel d’écoliers, les recherches du GRIIPTIC (Le Groupe de recherche interuniversitaire sur l’intégration pédagogique des technologies de l’information et de la communication en éducation) et la présentation de monsieur Sébastien Proulx, ministre de l’éducation du Québec.

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